Running - Conseils de pro

Malaty : "Tout sur mes chaussures"

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Trouver la paire de chaussures idéale est souvent une tâche compliquée pour les runners. Pour vous aider à vous y retrouver dans les centaines de modèles existants, nous avons sollicité Benjamin Malaty, meilleur Français sur le marathon de Paris en 2013. La pointure, l'usure, le type de foulées... Il vous livre tous ses secrets. De quoi partir de bon pied !

BENJAMIN MALATY (L'Equipe)

Te souviens-tu de ta première paire de chaussures ?

« Ça remonte à très loin. Il me semble que c’étaient des chaussures de la marque Mizuno. J’aimais cette marque dans ma jeunesse car les modèles étaient assez stylés et novateurs. Je me souviens de ça. C’est une des premières marques spécialisées dans le running et c’était pour ça que j’en avais acheté. »

Comment choisis-tu la pointure idéale pour tes chaussures ?

« Il est important de signaler que je prends une demi-pointure au-dessus de ma pointure habituelle sur marathon. Sur plus de deux heures d’efforts, le pied vient énormément taper. C’est bien d’avoir un petit écart devant ses orteils, sans qu’il y ait un gouffre non plus, car si on vient trop taper sur le devant de la chaussure, ça peut faire de gros dégâts. Ça permet que le pied respire un peu et ça évite de se "défoncer" tous les orteils. »

Y a-t-il un état d’usure idéal des chaussures pour être parfaitement à l’aise ?

Une chaussure trop neuve est aussi synonyme d’ampoules si le pied n’y est pas habitué, donc il faut anticiper ces risques.

« Je pense que sur marathon, il ne faut pas que la pompe soit trop usée. Il faudrait dans le meilleur des cas faire deux ou trois sorties avec avant le marathon. Après, si vous avez déjà couru 200 km avec la chaussure, ce n’est pas bien grave mais il ne faut pas qu’elle soit trop usée. Il faut surtout que l’amorti soit encore très bon et performant. Il faut forcément essayer sa chaussure au préalable, notamment sur une sortie longue. Je pense que c’est primordial pour sentir si la chaussure ira bien sur un effort très très long, c'est-à-dire entre deux heures et quatre heures selon le niveau des coureurs. Une chaussure trop neuve est aussi synonyme d’ampoules si le pied n’y est pas habitué, donc il faut anticiper ces risques. »

Combien de temps peut-on garder les mêmes chaussures ?

« Je tourne avec deux ou trois paires sur un cycle d’entraînement. Je n’aime pas forcément courir tout le temps avec la même chaussure. Ça m’arrive de temps en temps mais c’est bien de la laisser reposer un petit peu pour ne pas l’user. En général, on dit qu’une chaussure peut faire 1 000 km. Après, tout dépend du style de foulées ou d’usure qu’on a. Il y a des gens qui usent leurs chaussures plus vite que les autres. À titre personnel, étant donné que je cours 600 km par mois avec trois paires, je change mes trois paires tous les quatre ou cinq mois. »

Y a-t-il de fortes disparités entre coureurs au niveau du ressenti avec les chaussures ?

Sur marathon, il n’y a pas la nécessité d’avoir une chaussure très légère. Et les coureurs amateurs ont davantage besoin d’amorti que les athlètes de haut niveau.tion

« La relation avec la chaussure est propre à chacun. Personnellement, à l'entraînement, je mets très peu de paires légères car il y a beaucoup plus de traumatismes avec ce type de runnings. J’aime bien utiliser des chaussures classiques même un peu lourdes car je fais beaucoup de kilomètres. Le but est vraiment d’avoir un bon amorti. Je garde uniquement mes chaussures légères pour les séances spécifiques quand je fais du train assez rapide. Sur la piste également, car j’ai besoin d’avoir des sensations à un moment donné en courant vite. Je pense que sur marathon, il n’y a pas la nécessité d’avoir une chaussure très légère. Et les coureurs amateurs ont davantage besoin d’amorti que les athlètes de haut niveau. Premièrement, on a besoin de vitesse pour la performance donc la chaussure est légère. Deuxièmement, on passe deux fois moins de temps sur la route qu’un coureur lambda donc forcément, il souffre d’autant plus des chocs. Troisièmement, ils sont plus lourds que nous en général. Plus on est léger, plus on peut se permettre de porter des chaussures d’un faible poids. Plus on est lourd, plus il faut de l’amorti. »

Que penses-tu du minimalisme qui est à la mode en ce moment ? (Des chaussures très légères, avec des semelles très fines, ndlr)

« Selon moi, les chaussures n’ont pas fait que du bien à l'homme. À la base, on est fait pour marcher pieds nus donc c’est peut-être ça qui explique les différences de qualité de pieds entre certains athlètes. Les Occidentaux en manquent par rapport aux coureurs de la vallée du Rift par exemple. L’usage des chaussures a dégradé nos pieds et notre performance au sol. Le problème du minimalisme, c’est quand on va dans l’extrême. On est habitué à avoir des chaussures, donc si on passe de ça à rien ou presque, ça entraîne des contraintes et les répercussions sur le corps sont inconnues. Le minimalisme peut être intéressant, mais il faut s’y mettre tout doucement et étape par étape. Essayer 20 minutes la première semaine, puis 25 la suivante. Moi je ne m’y retrouverais pas, car avec des chaussures légères sur 10 km, ça tape déjà pas mal. Donc, pour résumer, ça se tente mais il faut faire attention. »

Pour développer ses “qualités de pied”, peut-on envisager d’effectuer des séances d'entraînement pieds nus ?

« Je n’en ai jamais fait, mais c’est vrai que ce n’est pas une mauvaise idée. Ça peut être bien pour récupérer du pied et des sensations. De temps en temps, je fais de la récupération sans chaussures après une séance. C’est cette sensation qu’on a perdue avec les chaussures. Naturellement, on a le réflexe de se mettre sur la pointe des pieds. Le sprinters courent comme ça, ce qui leur permet d’aller plus vite. Bon évidemment, sur la durée d’un marathon, ce n’est pas possible... »

As-tu une foulée universelle, pronatrice ou supinatrice ?

Des fois, on regarde plus le design que la forme de la chaussure mais en fait, il faut vraiment avoir une chaussure qui nous correspond en ces termes, de confort, d’amorti... C’est très important.

« On est dit “universel” lorsqu’on court normalement, “pronateur” quand les jambes rentrent vers l’intérieur (en “chasse neige”) et “supinateur” quand on court quasiment sur l’extérieur des pieds et qu’on ronge la partie externe des chaussures. Le pied universel est un pied assez plat qui n’a pas de déchet. J’ai toujours couru avec des chaussures “universelles” malgré une légère pronation. Il y a beaucoup de personnes pronatrices, plus d’une sur deux, me semble-t-il. En général, les gens ne le savent pas, donc c’est bien de faire un test podologie sur tapis roulant. On peut le faire dans certains magasins de sport où les employés sont des connaisseurs. Ils te font courir sur tapis et déterminent tout ça. Ils te dirigent ensuite le client vers les bonnes chaussures. Les soucis interviennent  quand les gens ne savent pas qu’ils ont besoin de renforts intérieurs. Résultat, ils se blessent ou se font mal. Faire un test gratuit est la première chose à faire pour ne pas se tromper de chaussures et tendre vers le modèle idéal. Des fois, on regarde plus le design que la forme de la chaussure mais en fait, il faut vraiment avoir une chaussure qui nous correspond en ces termes, de confort, d’amorti... C’est très important. »

Est-ce que tu as des conseils pour entretenir au mieux ses pieds ?

« Personnellement, j’entretiens mes pieds dans le dernier mois avant la compétition. Je ne fais pas des choses extraordinaires, juste des bains de pieds avec du bicarbonate de soude. C’est une sorte de sel qui a pas mal de remèdes. Je mets mes pieds dans une bassine et ça adoucit les pieds, les régénère, les rend plus lisses et plus beaux. Je sais que certains utilisent des crèmes ou des choses un peu plus poussées, ça peut être utile, surtout si on passe plusieurs heures sur le bitume. »

Qu’a changé ton partenariat actuel avec Kalenji, et quel est ton modèle actuel de chaussures ?

« J’ai des chaussures de monsieur Tout-le-Monde à l’entraînement, c'est-à-dire les nouveautés sorties début 2013. Après, je pense que j’aurai celles de l’année prochaine avant les autres pour pouvoir les tester et les essayer, mais c’est le seul avantage. Sur la chaussure de compétition, pour vraiment optimiser ma performance sur la course sur route et le marathon, j’ai donné quelques conseils et on a retravaillé ensemble avec toute l’équipe. Il y a avait deux ou trois détails à modifier. J’ai notamment alourdi la chaussure à l’avant pour avoir plus d’amorti car je trouvais qu’elle était trop légère pour le marathon. On a fait en sorte que la chaussure épouse bien mon pied parce que j’ai un pied très fin. Ça a été génial car ils me mettent dans les meilleures dispositions pour que j’ai la chaussure idéale. Je pense qu’il n’y a aucune marque qui aurait fait ça et pour moi c’est extraordinaire. » Propos recueillis par Nicolas Miklusiak.

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