Analyse

Jeu, sexe et match

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Dans l’univers du sport, il est des tabous dont on n’arrive pas à démêler le vrai du faux. L’un en particulier défraie la chronique à chaque grande rencontre sportive : l’impact de l’acte sexuel sur la performance sportive. Les relations sexuelles la veille d’une rencontre sportive amoindrissent-elles les performances sur le terrain? Ou est-ce l’effet inverse ?

family, couple in the bed (L'Equipe)

À l’origine, exclusivement masculin, le sport excluait radicalement toute idée de relation sexuelle durant les évènements sportifs. Le baron des Jeux, Pierre de Coubertin avait d’ailleurs rejeté toute présence féminine aux Olympiades : « Une Olympiade femelle est impensable, disait-il, elle serait impraticable, inesthétique et incorrecte ». Les choses ont cependant bien changé au XXIe siècle et c’est un athlète britannique anonyme qui dévoile l’envers du décor des Jeux Olympiques dans l’ouvrage The secret Olympian. On se rend vite compte que l’esprit Coubertin ne semble plus véritablement peser sur le comportement des athlètes. Bien au contraire même. Au delà des performances sportives, il en est d’autres qui vont également bon train au village olympique. L’ouvrage sorti en 2012 nous apprend notamment qu’aux Jeux de Sydney en 2000, 70.000 préservatifs mis à la disposition des athlètes n’ont pas tenu deux jours. Si cette anecdote illustre bien les activités extrasportives et l’ambiance qui règne au sein même du village olympique, elle n’en dit pas plus sur les prétendus bienfaits de tels écarts avant les rencontres sportives.  

Prouesses athlétiques après le sexe ?

« Au fil de ma carrière, je me suis de plus en plus autorisé à faire l’amour des veilles de match. J’aime mieux arriver sur le terrain heureux et détendu que frustré parce que j’ai dormi à côté de ma compagne sans oser la toucher. »

La difficile question des rapports sexuels avant les compétitions sportives semble toucher deux clans tout à fait opposés. Car si la question concerne tous les sportifs amateurs ou de haut niveau, chaque sportif se fait sa petite idée personnelle. Dans les années 60, nombreux étaient les entraîneurs qui préconisaient aux athlètes de s’abstenir des semaines entières avant les rencontres sportives. Se basant sur deux principaux arguments aussi instinctifs l’un que l’autre : il semblerait premièrement que l’énergie dépensée pendant un rapport sexuel la veille d’un match ou d’une compétition ferait perdre à l’athlète son tonus le jour J. L’argument de la distraction de l’athlète après un match étant souvent le second critère sur lequel se basaient et se basent encore certains entraîneurs. Le mythe très relayé par le monde de la boxe et notamment «The Greatest » Mohammed Ali - connu justement pour son abstinence légendaire de 6 semaines avant ses matches - s’est glissé jusque sur les cours de Roland Garros où Fabrice Santoro dévoile également ses habitudes de chasteté avant ses duels. Dans son ouvrage, « À deux mains », paru en 2009 aux éditions hachette, il écrit : « À dix-huit ou vingt ans, je m’interdisais tout rapport sexuel avant un match, par peur de perdre toute mon énergie.» Même si certains restent sceptiques quant aux bienfaits du sexe avant les matches, les mentalités évoluent cependant. C’est d’ailleurs ce même Santoro qui avoue pourtant : « Au fil de ma carrière, je me suis de plus en plus autorisé à faire l’amour des veilles de match. [...] J’aime mieux arriver sur le terrain heureux et détendu que frustré parce que j’ai dormi à côté de ma compagne sans oser la toucher. Il m’est arrivé d’avoir un rapport sexuel quelques heures avant un match.»

Alors, la performance athlétique va t-elle être d’autant meilleure si l’athlète a fait l’amour la veille? Docteure Catherine Solano, medecin-sexologue, enseignante en sexologie et coauteure de l’ouvrage  « La mécanique sexuelle des hommes » coupe la poire en deux : « Il y a deux écoles, l’une qui dit que c’est bénéfique et l’autre qui défend l’inverse. Mais lorsque l’on se penche un peu plus sur le phénomène, on se rend compte qu’il n’y a pas d’avis tranché tout simplement parce que cela dépend des circonstances. On sait que le fait d’avoir un rapport sexuel revient à monter deux étages à pied. Donc si on banissait le sexe avant les événements sportifs c’est comme si on interdisait aux athlètes de monter deux étages à pied la veille d’un entraînement sportif. Ce qui semble complètement absurde ! Sur le plan physique du coup, c’est évident que ça ne nécessite pas un investissement d’énergie qui va provoquer une fatigue pouvant influencer les performances. En revanche, c’est sur le plan émotionnel que tout se passe.» (La suite en page 2)

Aucune corrélation scientifique

« Avec l’expérience, on devient superstitieux car- coïncidence ou pas - les seules fois où j’ai dérogé à la règle, j’ai perdu. Alors, aujourd’hui, je m’impose cinq semaines de chasteté. »

Force est de constater que malgré quelques études menées sur le sujet, la science n’a pas tranchée. « J’ai été invitée à une émission de télé sur le sujet, j’ai fait des recherches, je n’ai rien trouvé vraiment de très pertinent », assure le Docteure Catherine Solano. Des chercheurs d’une université de l’État du Colorado se sont penchés sur la question. Leurs cobayes ? Dix sportifs mâles et mariés, dont les diverses capacités (anaérobique, endurance, temps de réaction, agilité) furent testés « le matin suivant » et « cinq jours (d’abstinence) après » avoir eu des relations sexuelles avec leurs épouses. Aucune différence, ont conclu les scientifiques.
Ainsi, si certains défendent que le taux de testostérone dans le sang influe sur l’aggressivité de l’athlète, « cela est très aléatoire, on ne peut pas vraiment établir de corrélation entre les deux» rappelle le Docteure Catherine Solano. Et puis si le sexe a tendance à déstresser, cela dépendra bien évidemment des conditions du rapport sexuel et des relations avec le ou la partenaire. Une atmosphère propice à la détente développera un stress positif avant la compétition tandis que dans un contexte plus fougueux, l’athlète pourrait développer un stress négatif.
«Si certains coachs interdisent à leurs athlètes d’avoir des relations sexuelles avant les événements sportifs, c’est surtout parce qu'ils ont peur que les sportifs fassent la fête, prennent des drogues, ne dorment pas de la nuit et ramène une fille et qu’ils ne soient pas en forme le lendemain», défend la sexologue.

Ce n’est finalement pas le sexe en lui-même qui affaiblit mais bien la quête d’une relation sexuelle. Dans un tel scénario, l’athlète ne serait plus en position de repos et s’userait à établir une relation sexuelle qu’il pourrait par la suite regretter. La question d’entretenir des rapports sexuels ou pas avant une rencontre sportive reste donc très subjective. Et si certains athlètes croient fortement que l’abstinence reste le meilleur moyen d’être mieux concentré ou plus performant, d’autres au contraire vont se sentir plus vigoureux au lendemain d’un coït. Mais une chose est sûre, c’est que peu importe ce que dit la science, certaines croyances sont bien plus fortes et promettent de meilleures performances. Preuve à l’appui : le témoignage du boxeur Jean-Marc Mormeck « Avec l’expérience, on devient superstitieux car- coïncidence ou pas - les seules fois où j’ai dérogé à la règle, j’ai perdu. Alors, aujourd’hui, je m’impose cinq semaines de chasteté.» Et si l’on ne peut pas conclure que le sexe fait du bien au sport, une chose est certaine, c’est que l’inverse est garanti.

Par Yaël Selbonne Sfez

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